The Winged C : comment Cinelli a pris son envol
Héritage · Histoire du design
Le C ailé
En 1979, le propriétaire de Cinelli regarde le vélo et y voit une machine habillée des armoiries de son grand-père. Il confie une page blanche à deux des jeunes designers les plus affûtés de Milan. Un seul revient avec des ailes.
La chronologie
- 1948–78
- Un logo d’avant-guerre
- 1979
- Le propriétaire de Cinelli prend le guidon
- 1979
- Deux designers, une page blanche
- 1979
- « Trop sérieux » : la proposition qui n’a pas décollé
- 1979
- Le C ailé atterrit
- 1979–80s
- Des couleurs qui ne doivent rien au cyclisme
- 1980s–aujourd’hui
- Le logo le plus copié du sport
- 2026
- La palette, brodée
1948 – 1978Un logo d’avant-guerre
Jusqu’à la fin des années 1970, un vélo de course italien parlait encore la langue fixée avant la guerre. Les cadres affichaient des couleurs pures, appliquées avec soin : noir, rouge, blanc, bleu, bronze, argent. La décoration qui venait s’ajouter à cette couleur — armoiries, fioritures, iconographie italienne traditionnelle — était l’œuvre des grands décorateurs de l’entre-deux-guerres, des artisans qui savaient exactement comment faire d’un cadre un objet cohérent, et non un simple assemblage de pièces.
Puis est venue la reconstruction. L’Italie s’est reconstruite rapidement après la guerre, et quelque part dans cette course, le lien entre les anciens décorateurs et leur savoir-faire s’est rompu. Les symboles héraldiques sont restés sur les cadres jusque dans les années 70, mais les mains qui leur donnaient du sens avaient disparu. Quand un nouveau propriétaire franchit la porte de Cinelli à la fin des années 1970, ces couleurs et ces armoiries ressemblaient exactement à ce qu’elles étaient devenues : fatiguées, usées, appliquées sans l’enthousiasme qui leur avait autrefois valu qu’on s’y attarde.
1979Le propriétaire de Cinelli prend le guidon
Le nouveau propriétaire de Cinelli n’avait aucune intention de préserver une tradition artisanale en sursis. Pour lui, le vélo était un objet de design, techniquement aussi parfait qu’une machine puisse l’être, le mode de transport le plus efficace jamais inventé, mais qui avait perdu la capacité de le faire savoir. Le cyclisme avait un problème de communication, pas d’ingénierie.
L’une de ses premières décisions en tant qu’actionnaire majoritaire de Cinelli n’avait rien à voir avec les tubes ou la géométrie. Il décide que la marque a besoin d’un nouveau logo, conçu pour porter sa vision du vélo comme objet dynamique, moderne, socialement vivant, et non comme une relique affublée des armoiries de son grand-père.
1979Deux designers, une page blanche
Il va chercher ce logo bien au-delà du monde du cyclisme, en faisant appel à deux jeunes architectes-designers qui commencent à se faire un nom à Milan : Bob Noorda et Italo Lupi.
Noorda avait déjà un CV impressionnant en construction. Il allait remporter le Compasso d’Oro en Italie et, avec Massimo Vignelli, concevoir la signalétique qui guide encore aujourd’hui les cyclistes dans le métro new-yorkais. Lupi, architecte de formation, bâtissait la carrière qui le mènerait à la direction artistique de Domus et Abitare, deux des magazines de design les plus respectés au monde, et sur la liste des clients de Prada, Vespa et Miu Miu.
Son cahier des charges, pour une industrie du vélo aussi conservatrice, frôlait l’inconscience : aucune référence à la tradition cycliste, pas de comité, aucun choix prudent. Les deux designers comprennent tout de suite. Il leur donne carte blanche.
1979« Trop sérieux » : la proposition qui n’a pas décollé
Noorda revient avec une proposition bâtie sur la même clarté qui faisait la force de sa signalétique : rigoureuse, lisible, réfléchie. Le propriétaire de Cinelli la juge trop sérieuse.
Lupi revient avec des ailes.
Il choisit le design de Lupi sans grande hésitation, préférant à l’un des esprits graphiques les plus disciplinés d’Italie quelque chose de plus étrange, plus libre, et bien plus difficile à défendre sur le papier.
1979Le C ailé atterrit

Le C ailé : une police Standard Bold, un espacement étiré jusqu’à ce que le mot devienne une icône.
Lupi a composé le nom Cinelli en Standard Bold, puis a écarté l’espacement juste assez pour que le tout s’impose comme un signe distinctif plutôt qu’un mot. Autour du C, il a dessiné une paire d’ailes, une forme qu’il rattache plus tard au langage graphique épuré et affirmé des marques de motos britanniques des années 1950.
Rien à voir avec le peloton. C’était bien le but.
1979 – années 1980Des couleurs qui ne doivent rien au cyclisme
Dans ces ailes, Lupi a posé trois couleurs qu’aucune marque de vélo n’avait vraiment de raison d’utiliser : un rouge-orangé, un vert doux, un jaune chaleureux. Il relie cette palette à l’émaillage des locomotives britanniques. Aujourd’hui, ce choix s’impose aussi comme un pur produit de la scène milanaise de la fin des années 70 et du début des années 80 : irrévérencieux, postmoderne, totalement indifférent au bon goût tel que l’industrie du vélo le concevait alors.
Années 1980 – aujourd’huiLe logo le plus copié du cyclisme
Le C ailé a fait bien plus que ce que le propriétaire de Cinelli attendait. Il a distingué Cinelli de tous ses concurrents sur le marché et est devenu, de l’avis général, le logo de vélo le plus imité de l’ère moderne.
C’était sexy. C’était drôle, un peu ironique, clairement le travail de gens qui savaient exactement ce qu’ils faisaient. Il n’avait aucun sens face à la grammaire visuelle habituelle d’une marque de vélo, et il en avait parfaitement dans le contexte d’une industrie milanaise sûre d’elle, un brin insolente, qui avait toutes les raisons de l’être.
2026La palette, brodée
Le C ailé orne toujours les cadres Cinelli aujourd’hui, ailes comprises. Mais les trois couleurs choisies par Lupi pour des raisons sans rapport avec le vélo vivent désormais leur propre vie, brodées plutôt qu’imprimées, sur un t-shirt pensé pour être porté bien après la sortie. Deux couleurs de base, blanc ou bleu, même marque brodée sur les deux.
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T-Shirt Embroidery Logo White
Le logo Cinelli, sublimé. Un logo brodé remplace le traditionnel imprimé, sur un coton biologique épais 180 GSM, coupe ample et carrée.
50,00 €
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T-Shirt Embroidery Logo Blue
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Sources : archives de la société Cinelli et documents sur l’histoire de la marque ; biographie et carrière de Bob Noorda (Wikipedia ; Museo del Marchio Italiano) ; biographie et carrière d’Italo Lupi (Domus ; Archilovers ; Campeggi Design).